Certains secrets sont trop lourds à porter: l’histoire d’une intervenante, par Louise

cbc-girlsitting (2)La météo peut avoir des effets sur la journée de travail d’un intervenant. Si la météo, qu’elle soit bonne ou mauvaise, force les enfants à rester à la maison, il y a de bonnes chances qu’ils nous appellent.

Ce n’est pas forcément parce qu’ils s’ennuient. Il est probable que l’idée de nous contacter leur trottait dans la tête depuis quelques temps déjà, et que cette restriction devient l’opportunité qu’il leur fallait pour qu’ils se décident à nous appeler.

Il faut aussi se rappeler que lorsque les enfants sont confinés à la maison, les contacts directs avec les membres de la famille deviennent inévitables, ce qui peut faire remonter les tensions et les conflits antérieurs. Bien souvent, cette situation met aussi l’emphase sur ce dont les jeunes sont privés à la maison.

Je me rappelle encore de cette journée glaciale où j’ai reçu l’appel d’une jeune fille aux prises avec des problèmes de dépression, d’automutilation et des pensées suicidaires. Elle craignait le retour à la maison de sa mère qui était partie travailler, car, m’a-t-elle confié, celle-ci avait pour habitude de la frapper. Sans compter qu’elle lui faisait subir d’autres abus verbaux au point de convaincre la jeune fille qu’elle ne valait rien et qu’elle n’était d’aucun intérêt pour quiconque.

Peu de temps avant notre conversation, la jeune fille avait été hospitalisée pour tentative de suicide et semblait craindre que cela ne se reproduise. Dans l’espoir d’être dissuadée de repasser à l’acte, elle avait pris l’initiative de nous appeler.

Plus elle me décrivait sa vie de famille, plus le portrait me paraissait sombre et triste. Aucun membre de sa famille ne semblait sensible à sa souffrance ou même ouvert à lui proposer de l’aide. Au contraire, ils semblaient plutôt l’accuser de leur « causer des ennuis ».

Après son hospitalisation elle avait parlé à une assistante sociale qui lui avait promis que les choses allaient « s’arranger ». La jeune fille au bout du fil m’a alors dit que pour la première fois, elle s’était sentie écoutée et comprise. Mais peu après, la travailleuse sociale « a parlé à ma mère et a choisi de croire à sa version des faits ». Sa mère l’a décrite auprès de la travailleuse sociale comme « un enfant désagréable » et c’est là qu’elle a compris que rien n’allait s’arranger.

Autrement dit, le désespoir s’était de nouveau emparé d’elle.

Dans un premier temps, on a exploré quelques plans d’urgence pour assurer sa sécurité. Il est toujours important d’avoir un plan d’urgence, c’est pourquoi je lui ai conseillé d’appeler la police si elle se sentait menacée, mais elle n’avait pas l’air confortable avec l’idée.

Je lui ai donc alors suggéré de sortir de la maison, de trouver un téléphone et de nous appeler afin que nous l’aidions à évaluer comment aborder la suite. Cette option semblait lui plaire davantage.

Elle m’a parlé d’une amie avec qui elle s’entendait bien, mais qui lui paraissait trop occupée pour passer du temps avec elle. Je l’ai encouragé à l’appeler, car je pensais que ça pourrait être une bonne idée qu’elles passent du temps ensemble ce soir-là.

Je lui ai expliqué que la perspective de passer du bon temps avec une amie pourrait l’aider à se sentir mieux. Cette idée lui a beaucoup plu.

Après avoir raccroché, je me suis mise à penser à quel point cette jeune fille était triste mais en même temps à quel point elle avait fait preuve de courage en osant demander de l’aide pour se sortir de cette mauvaise passe.

C’est effectivement ce que nous faisons ici, nous décelons un brin d’espoir chez les jeunes et les amenons à s’y accrocher jusqu’à ce qu’ils s’en sortent.

À bientôt,

Louise